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Ecole Notre Dame de Mongré

Rachat de Mongré

Texte de Monsieur J. VIVIEN, parut dans La Vie aventureuse de Mongré par L. Manger - 1998

A la grande histoire de MONGRÉ, il est juste de rattacher... l'admirable épisode du rachat du Collège dont les protagonistes émérites furent le Père PERROY, Monsieur NEYRON et Monsieur GORMAND. Je voudrais en présenter ici une relation à la fois concise et détaillée grâce aux précieux documents que m'a confiés Monsieur Henry GORMAND et qui émanent tant de son père que du Père Henry PERROY (Note du rédacteur).
Donc, les Jésuites étaient partis du Collège depuis le 29 septembre 1901. Toutefois, les Révérends Pères BASSAN, DESCOURVIERES et PASCAL veillaient avec sollicitude sur MONGRÉ et même le Père PERROY (qui devint Père Spirituel du Collège en 1907) faisait, en laïc, d'incessantes navettes, à bicyclette, entre le Collège et sa résidence, en dépit de la surveillance féroce du Procureur qui n’y vit que du feu, tandis que le futur Monseigneur PIGUET, alors élève, déclarait : " Moi, j'ai reconnu sans peine un Jésuite dans ce cycliste mystérieux ".
Et cela dura jusqu'en octobre 1911, date à laquelle le Père DESCHAMPS transporta MONGRÉ à Moulins.
Le 29 mars 1911, le procès en revendication du Domaine de MONGRÉ par les héritiers de Mademoiselle de la BARMONDIERE ayant été définitivement perdu, MONGRÉ fut mis en vente.
Le 8 août 1911, le liquidateur, Monsieur SENES, vint un matin prendre possession effective du Collège. Messieurs BOUTEYRE et PASQUIER et les familles GORMAND et BASSAN partirent les derniers, tandis que Monsieur GORMAND remettait les clefs au liquidateur. Et c'est ainsi que se justifie la parole de Monsieur Henry GORMAND "Je vous ai raconté cette agonie de notre Collège, la mise à l'abri des choses les plus précieuses, et comment un certain matin d'août, après une dernière messe dite dans la chapelle vide, l'autel de Saint Victorin partait par la grande allée (le corps du martyr devait rester chez son père jusqu'à la réouverture) alors que le Receveur des Domaines entrait par l'autre ".
Au début de 1912, il n'y avait plus personne à MONGRÉ et devant la vente imminente et les désirs du Département et de la Ville de mettre la main sur MONGRÉ pour en faire soit une maison de retraite, soit un hôpital, Monsieur GORMAND eut l'idée de faire la proposition suivante au Maire de Villefranche, le Docteur BESANCON : "Obtenez-nous une mise à prix de 300 000 francs ; les anciens pourront racheter le Collège et, en compensation, on donnera à la Ville une bande de terrain de vingt mètres tout le tour ".
Le Maire, la Ville et le Préfet acceptèrent (en apparence) avec enthousiasme et le Père PERROY se mit en quête de trouver les 3 à 400 000 francs nécessaires, ce qui fut vite fait, grâce à la générosité des Anciens.
Mais le Conseil Général, poussé par le Préfet, qui jouait double jeu, fit faire une expertise du Domaine qui fut estimé 650 000.00 francs, somme à laquelle la vente fut tapageusement annoncée.
Le Préfet fit savoir que cette mise à prix n'était que de pure forme et qu'elle serait suivie d'une baisse.
Mais en dépit de ces assurances trompeuses, la perspicacité de Monsieur GORMAND permit d'établir qu'il s'agissait d'un piège et que, si on ne trouvait pas d'acquéreur à ce prix (énorme pour l'époque), il n'y aurait pas de baisse de mise à prix et que MONGRÉ serait mis en vente en dix-huit lots. Il fallait donc trouver près de 700 000.00 francs et on était au 4 avril, la vente étant fixée au 15 !
C'est dans cette extrémité que Monsieur GORMAND et le Père PERROY allèrent d'abord trouver le P. CHANTEUR, provincial des Jésuites, qui ne put rien leur avancer, mais les laissa libres de chercher des fonds. Ils allèrent donc trouver Monsieur NEYRON qui, avec une générosité admirable, d'autant plus qu'il ne connaissait même pas MONGRÉ, leur promit le complément.
Il fallait attendre la vente, mais en respectant un secret absolu qui fut si bien gardé entre les Pères CHANTEUR et PERROY et Messieurs GORMAND et NEYRON, que même les Jésuites n'en surent rien.
A l'adjudication, alors que personne ne supposait qu'il y eût acheteur, Monsieur NEYRON misa à la toute dernière seconde par le ministère de l'avoué, Maître HUOT. Sous l'effet de la surprise, la bougie s'éteignit sans qu'on s'en aperçût et ainsi MONGRÉ fut adjugé à Monsieur NEYRON qui, immédiatement, fit la déclaration de command nécessaire et forma le soir même la SOCIETE DU DOMAINE DE MONGRÉ.
Mais il était possible de mettre une surenchère jusqu'au 24 et un gros industriel de Villefranche se disposait à le faire. C'est alors que Monsieur GORMAND, par une démarche extrêmement habile et audacieuse, le décida à y renoncer.
Dix jours après, les familles GORMAND et NEYRON se retrouvèrent au Collège à une messe célébrée par le Père PERROY... devant un crucifix de fiancée prêté par une fille de Monsieur NEYRON et fixé sur une fleur de magnolia !
Hélas, une terrible menace pesait de nouveau sur MONGRÉ.
Le 5 juin, le Général de CASTELNAU télégraphia au Père PERROY et lui apprit par téléphone que, sur les manœuvres des "autres ", furieux d'avoir été ainsi bernés, on allait exproprier MONGRÉ afin d'y mettre de la troupe. Il convoqua aussitôt le Père PERROY qui partit au premier train. Le Général lui indiqua qu'on se proposait d'y mettre un bataillon, mais que lui exigerait un régiment, ce qui obligerait la Ville à faire de grandes dépenses (champ de manœuvres).
Puis tous deux allèrent aussitôt trouver Albert de MUN pour concerter leur plan de défense qui fut remarquablement orchestré : Messieurs GORMAND et BONNEVAY manœuvrèrent le Conseil Municipal, tandis que le Général de CASTELNAU et Albert de MUN firent pression sur la Chambre des Députés. On fit si bien que, de part et d'autre, il y eut un vote négatif.
MONGRÉ était sauvé ; Monsieur NEYRON, qui était le réel propriétaire du Collège, transforma la Société Civile en Société Anonyme au capital de 700 000.00 francs en abandonnant tous ses droits.
Et MONGRÉ rouvrit en 1913 !